En 2023, les pays en développement ont consacré un montant record de 1 400 milliards de dollars au service de leur dette publique, selon le rapport « Un monde endetté » publié en 2024 par l'Organisation des Nations unies. Candidat au Secrétariat général, le Président Macky Sall place la réforme de l'architecture financière mondiale parmi ses priorités. Héritées d'un autre monde, ses règles pèsent d'abord sur des pays qui ont eu peu de part à leur écriture.

Un accès au financement à deux vitesses. Un même projet, une route, un hôpital, un réseau électrique, coûte plusieurs fois plus cher à financer selon le pays qui l'entreprend. Le coût du capital efface des budgets serrés année après année, et l'effort d'un gouvernement se dissout dans une prime de risque qu'il ne maîtrise pas. Deux économies aux fondamentaux voisins empruntent à des taux différents, et l'écart se paie en écoles et en dispensaires qui ne sortent pas de terre.

Une dette qui étouffe le développement. Dans nombre de pays, le service de la dette dépasse aujourd'hui les dépenses de santé ou d'éducation, et le remboursement passe avant les soins. Le cadre commun de traitement de la dette existe pour rééchelonner une charge devenue intenable. Il agit pourtant trop tard et trop lentement pour les États qu'il devait protéger : l'allègement arrive quand le poids est déjà retombé sur les populations, au stade de l'urgence plutôt qu'en prévention.

Les droits de tirage spéciaux de 2021. Cette émission a surtout renforcé les réserves d'économies qui n'en avaient pas besoin. Leur réacheminement vers les pays qui en manquent, promis depuis, reste en deçà des engagements pris. Cette liquidité dort dans les économies qui en ont reçu le plus, alors qu'ailleurs elle suffirait à sauver une saison agricole.

La dette et la paix. Sans fixer les taux ni voter les budgets des institutions financières, le Secrétaire général peut réunir les États et inscrire le financement du développement à l'ordre du jour de la paix. Une dette qui prive un pays de son école prépare l'instabilité que le Conseil de sécurité traitera ensuite. La conférence des Nations unies sur le financement du développement a fixé un cap, dont il reste à assurer le suivi d'année en année.

En chiffres. Selon le même rapport des Nations unies, 3,3 milliards de personnes vivent dans des pays qui dépensent plus en intérêts qu'en santé ou en éducation. Il manque environ 4 000 milliards de dollars par an pour atteindre les objectifs de développement durable (CNUCED). En 2021, le Fonds monétaire international a émis 650 milliards de dollars de droits de tirage spéciaux ; les pays africains, qui comptent 1,4 milliard d'habitants, en ont reçu près de 5 pour cent.

Une expérience de gouvernement et de l'Union africaine. Les propositions sur la dette et les droits de tirage spéciaux s'appuient sur douze années à la tête d'un État et sur la présidence de l'Union africaine en 2022. Cette expérience explique pourquoi la vision déposée auprès des Nations unies formule ses propositions comme des obligations ; le développement y rejoint la paix et la sécurité dans un même axe.

L'Afrique au cœur, le monde en ligne de mire.

Les travaux des Nations unies sur le financement du développement sont publics. Retrouvez l'ensemble des prises de position sur www.mackysall.net